C’est au tour de l’Apec, qui publie ce 12 décembre une enquête qualitative basée sur une cinquantaine d’entretiens couplée à une analyse des accords d’entreprises, de souligner le peu d’engagements en entreprise concernant la lutte contre le racisme. « Sur 14 680 accords portant sur le thème de la « non-discrimination-diversité », seuls 39 évoquent directement le racisme », pointe l’Apec.
L’analyse qualitative des accords d’entreprise sur la « non-discrimination et la diversité », publiés entre 2015 et 2024 sur la base Légifrance, montre la quasi-inexistence de mesures spécifiques liées à la discrimination sur l’origine, contrairement aux critères du handicap et de l’égalité femmes-hommes. Même si une partie des entreprises interrogées affirment une volonté de s’engager sur les discriminations liées à l’origine, la plupart reconnaissent s’être investies sur ceux pouvant aussi être assortis d’objectifs facilement quantifiables.
Pour l’Apec, cette omerta s’explique par un déni de quelque discrimination fondée sur le critère de l’origine dans les entreprises françaises, mais aussi par un discours sur l’impossibilité de mesurer cette discrimination. Pour autant, ces discriminations existent et sont même de plus en plus courantes. « L’emploi est le premier domaine d’expression des discriminations, souligne l’étude de l’Apec. En France, 9,1 % des personnes en emploi déclarent avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations au travail en 2021. »
Le fait de dénoncer ces discriminations serait aussi entravé par un malaise autour des mots utilisés pour les énoncer. Des termes comme « origine », « diversité » ou « multiculturalité » sont ainsi préférés à ceux de « race » ou d’« ethnie ».
L’Apec estime que l’action de sensibilisation des entreprises les plus investies sur les discriminations liées à l’origine intègre une forte dimension de communication. « Elle est surtout le fait des grandes entreprises et tient compte, vis-à-vis de l’externe, de l’aspect sensible du sujet », pointe l’étude. Un certain nombre de ces entreprises ont aussi mis en place des dispositifs afin que ces discriminations puissent être signalées. Mais ces dispositifs sont rarement saisis, notamment parce que les victimes préfèrent le plus souvent se taire.
« Les victimes craignent de ne pas être crues et anticipent un impact négatif de cette démarche sur leur carrière : représailles, mise à l’écart, entrave à l’évolution, perte d’emploi, etc. », ajoute l’association. Les personnes victimes de discriminations ont une confiance toute relative dans l’efficacité des dispositifs de signalement. « Les remontées d’actes discriminatoires ne donnent pas systématiquement lieu à des sanctions immédiates et exemplaires dans les entreprises visées », est-il précisé.

