Une pathologie cardiaque sur cinq lié au stress professionnel chez les employés de bureau

Une maladie coronarienne sur cinq serait liée aux risques psychosociaux au travail chez les employés de bureau, d’après les estimations d’une nouvelle étude. Pourtant, l’origine professionnelle des pathologies cardiovasculaires reste largement occultée.

Publié le 30 octobre 2025 à 15h10 Lecture 5
Homme tient sa poitrine, douleur possible.
Une maladie coronarienne sur cinq serait liée aux risques psychosociaux au travail chez les cols blancs. © Adobe Stock

De nombreuses études ont démontré les liens entre les risques psychosociaux (RPS) au travail et leurs effets délétères sur la santé des personnes exposées : survenue de maladies psychiques, troubles musculosquelettiques, mais aussi pathologies cardiovasculaires. Pourtant l’origine professionnelle des maladies coronariennes demeure un angle mort. En France, il n’existe d’ailleurs aucun tableau de maladie professionnelle concernant ces pathologies.

Une équipe internationale de chercheurs, composée en majeure partie de membres du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, a souhaité estimer la proportion d’événements coronariens attribuables aux facteurs de stress psychosociaux au travail. Leurs résultats ont été publiés fin septembre 2025 dans le Journal of the American College of Cardiology (JACC).

20 % des maladies coronariennes chez les cols blancs

L’étude a été menée auprès d’employés d’organismes publics et parapublics de la ville de Québec. Au total, 6 295 participants sans maladie cardiovasculaire au départ, dont 52 % de femmes, ont été suivis pendant quinze ans. Les chercheurs ont recensé les « évènements coronariens » : infarctus du myocarde, crise d’angor ou angine de poitrine, syndrome coronarien aigu et chronique, angioplastie ou pontage, et décès.

L’objectif était de déterminer dans quelle mesure les maladies coronariennes sont associées aux RPS, en particulier avec le « job strain » (tension au travail) – un stress au travail qui correspond à une forte demande psychologique associée à de faibles marges de manœuvre – ou encore au déséquilibre effort-reconnaissance, c’est-à-dire lorsque les efforts investis dans le travail sont élevés par rapport aux reconnaissances obtenues.

« Près de 20 % des maladies coronariennes survenues dans cette cohorte sont attribuables au fait d’occuper un emploi caractérisé par une tension au travail et un déséquilibre effort-reconnaissance », concluent les chercheurs. En creux, cela signifie qu’un nombre important de ces pathologies pourraient être évitées en prévenant les RPS.

Un enjeu de santé publique

Les maladies cardiovasculaires représentent un enjeu majeur de santé publique. En France, les maladies cardio-neuro-vasculaires ont entraîné, en 2022, 1,2 million d’hospitalisations et 140 000 décès chez les adultes, soit plus d’un décès sur cinq. Elles constituent la deuxième cause de mortalité.

Une récente étude financée par l’Institut syndical européen sur le « fardeau » des dépressions et maladies cardiovasculaires attribuables aux RPS au travail a permis d’estimer à 8 % la fraction de ces pathologies causées par ces risques professionnels. Sont considérées dans cette étude les maladies cardiaques, mais aussi les accidents vasculaires cérébraux (AVC).

« Ces résultats constituent des estimations prudentes du fardeau total des maladies attribuables aux facteurs psychosociaux, car l’étude a porté sur un ensemble limité d’expositions et de résultats de santé », mettent en garde les auteurs.

Travail de nuit et longues heures de travail

Outre les risques psychosociaux, d’autres risques professionnels sont en cause dans le développement de maladies cardiovasculaires, notamment les longues heures de travail et le travail de nuit.
Selon une étude conjointe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation internationale du travail (OIT), travailler plus de 55 heures par semaine serait associé à une augmentation de 35 % du risque d’AVC et de 17 % du risque de décès par cardiopathie ischémique, par rapport à un temps de travail hebdomadaire de 35 à 40 heures.

Le travail de nuit et les horaires de travail en rotation (travail posté), qui consistent à faire tourner les équipes toutes les 24 heures entre les mêmes postes (comme le travail en 3 x 8 heures), sont également liés à une hausse du risque de maladies cardiovasculaires. Une étude internationale a par exemple suggéré une augmentation du risque d’infarctus du myocarde de 23 % pour les travailleurs postés.

Afin de mieux évaluer le risque cardiovasculaire associé au travail de nuit, les instituts de recherche français Inserm et INRS ont lancé une grande étude épidémiologique visant à rechercher une relation dose-effet, un effet seuil, ainsi que les schémas horaires les moins délétères intégrant le travail de nuit.

Vers la création de nouveaux tableaux de maladie professionnelle ?

Dans un avis publié fin 2024, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a identifié une quarantaine de maladies « ayant un lien avéré ou probable » avec une exposition professionnelle et ne faisant pas l’objet d’un tableau. Les troubles cardiovasculaires figurent parmi les pathologies non inscrites dans un tableau, ce qui reste très problématique pour la reconnaissance de ces maladies professionnelles et pour inciter les employeurs à leur prévention.

Sur la base des dernières études disponibles, l’Anses estime que le travail de nuit et les longues heures de travail sont associés « avec un niveau de preuves fort » aux pathologies cardiovasculaires.

Les recommandations de l’Anses, qu’il s’agisse de réviser les tableaux existants ou d’en créer de nouveaux, ne semblent pas figurer actuellement à l’ordre du jour des autorités publiques. Ainsi, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, qui vise avant tout à maîtriser les dépenses de santé, inflige un tour de vis pour les salariés malades, y compris pour les victimes de maladies professionnelles.