Morts au travail : les « Assises » peinent à fédérer l’ensemble des syndicats

En dépit de l’hécatombe des morts au travail en France, les dernières Assises de la santé et de la sécurité des travailleuses et travailleurs ont peiné à rassembler les responsables syndicaux autour d’initiatives communes. Un manque de mobilisations pour la santé au travail regretté par les organisateurs.

Publié le 23 mars 2026 à 16h03 Lecture 5
Casque de sécurité rouge endommagé
Les dernières Assises de la santé et de la sécurité au travail ont relancé l'alerte sur l'hécatombe des morts au travail en France.  © Adobe Stock

Avec plus de 500 inscrits pour cette 3ème édition des Assises de la santé et de la sécurité au travail, organisées à la Bourse du travail de Paris les 17 et 18 mars derniers, ce grand rendez-vous annuel de celles et ceux attachés à défendre la santé au travail reste une réussite incontestable. Ces deux journées de conférences et d’ateliers, organisées par des militants de la CGT, de Solidaires et de la FSU ainsi que des associations, ont encore une fois été l’occasion de riches partages d’expériences.

Alors que la première édition en 2024 s’était terminée par une table ronde réunissant la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, les deux codélégués généraux de Solidaires ainsi que le secrétaire national du Snes-FSU en charge des questions de santé et de travail, l’absence des plus importants responsables syndicaux lors cette manifestation a pu interroger.

« En dépit de la présence aux assises de syndicalistes très spécialisés, nous avons du mal à mobiliser durablement les confédérations syndicales sur les questions de santé au travail », reconnaît Louis-Marie Barnier, sociologue militant à la CGT et organisateur, avec d’autres syndicalistes, de cet évènement annuel.

Vers un front intersyndical ?

Les chiffres dramatiques des morts au travail en France sont désormais abordés par les médias, d’autant plus que le décompte macabre ne cesse d’augmenter au fil des années. « Les morts au travail sont devenues un objet social, un sujet dans la société, mais ce n’est pas encore le cas dans les entreprises », observe Louis-Marie Barnier.

Le dernier rapport annuel de l’Assurance-maladie sur les risques professionnels fait état de 1 297 décès au travail en 2024 (dix décès de plus que l’année précédente), dont 764 décès par accident du travail, 318 consécutifs à des accidents de trajet et 215 décès par maladie professionnelle. Solidaires rappelle que ce « chiffre insupportable » des décès au travail est très en dessous de la réalité. Ne sont pas comptabilisés les décès dans la fonction publique et le secteur agricole, ni les accidents du travail non déclarés en tant que tels par les employeurs ou encore ceux des autoentrepreneurs.

« Nous espérons, pour le 28 avril prochain, journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, une déclaration commune des huit organisations syndicales sur la santé au travail et les morts au travail, notamment les jeunes morts au travail », continue le sociologue. Benoit Martin, secrétaire général de la CGT Paris, note cependant des « réticences et divergences » pour ce front intersyndical souhaité. «0Ces assises sont un temps fort chaque année pour la santé au travail. Mais il faut entretenir la flamme entre ces rencontres annuelles », ajoute-t-il.

Lourd tribut payé par les plus jeunes

En ouverture des ateliers, deux tables rondes organisées en matinée ont souligné la dangerosité du travail d’une part pour les travailleurs des sous-traitants ou les intérimaires et, d’autre part pour les jeunes travailleurs. La fréquence d’accidents du travail est en effet 2,5 fois supérieure chez les moins de 25 ans par rapport à la moyenne des salariés. Et en 2025, cinq mineurs, en stage ou apprentis, sont morts au travail en France. Une vague de décès qui a soulevé l’indignation, alors même que le temps de présence en entreprise des adolescents scolarisés ne cesse d’augmenter.

« L’entreprise ne devrait pas être considérée comme un lieu de formation pour les mineurs, que ce soient les stages de découverte au collège, les périodes en entreprise obligatoires pour les élèves de lycée professionnel ou encore les apprentis », estime Yannick Biliec, responsable des lycées professionnels pour le syndicat CGT-FERC.

Zoé Rollin, maître de conférences à l’université Paris-Descartes et auteure de recherches sur la prévention des risques dans les lycées professionnels et les centres de formation des apprentis (CFA), souligne que les mineurs en formation professionnelle sont dans des filières particulièrement dangereuses : risque d’accidents du travail (AT), exposition à des produits cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), postures contraignantes, etc.

« Ces jeunes n’ont pas de conduites à risque, mais il leur est difficile de faire valoir leurs droits en situation de travail », souligne-t-elle. Dans l’obligation de valider leur stage professionnel pour obtenir leur diplôme, ils n’ont pas la main sur les cadences qui leur sont imposées, les équipements de protection, les produits auxquels ils sont exposés. « Ce sont des mineurs, particulièrement vulnérables, il faudrait recentrer le débat sur l’enfance au travail », ajoute l’universitaire.

RPS, IA, dérèglement climatique

Outre la question des morts au travail, ces deux journées ont permis aux participants d’échanger sur les thèmes particulièrement importants qui traversent la santé et la sécurité au travail : l’intelligence artificielle, les risques psychosociaux (RPS), les conséquences du réchauffement climatique sur la santé des travailleurs, la sous-déclaration des accidents… L’occasion aussi de faire le point sur les mobilisations en cours.

Plusieurs ateliers ont été réservés à des secteurs d’activité dans lesquels les conditions de travail sont particulièrement pénibles, comme l’eau et l’assainissement, le traitement des déchets, la filière lithium, les conditions faites aux travailleuses et travailleurs saisonniers.
La plupart des échanges ont été filmés et devraient être mis en ligne dans les prochaines semaines. D’ici là, Laboris Info reviendra très prochainement sur les temps forts de ces assises.