Cadences infernales, discriminations de genre, absence de protection sociale… Le rapport d’enquête publié fin juillet de deux ONG, ActionAid France en partenariat avec China Labor Watch, documente des conditions indignes de travail dans les ateliers de Shein, le géant chinois de « fast fashion » qui fournit au monde entier des tonnes de vêtements très bon marché.
« La capacité de Shein à proposer jusqu’à 50 000 nouveaux articles par jour à prix cassés repose sur l’exploitation systémique d’une main-d’œuvre invisible », souligne le rapport. L’enquête des deux associations s’appuie sur des observations de terrain et des entretiens. Les ouvriers et ouvrières sont rémunérés à la pièce pour des montants allant de 0,06 € à 0,27 €, sans contrat de travail ni protection sociale. Ils décrivent des journées de travail longues et épuisantes, afin de traiter suffisamment de pièces pour leur permettre de survivre.
Les femmes se trouvent en première ligne : elles constituent la majorité des effectifs sur les chaînes de production, mais occupent les postes les plus précaires et les moins bien payés. Sans solution de garde pour leurs enfants au regard de journées de travail dépassant les 10 heures par jour, certaines sont contraintes d’emmener leurs enfants dans des ateliers dangereux. « Les enfants jouent à proximité d’équipements industriels à haut risque : machines à coudre, fers à repasser, et autres produits chimiques et particules toxiques dans un environnement saturé de fibres synthétiques. »
En France, la proposition de loi encadrant la fast fashion et « visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile » a été adoptée par le Sénat en juin dernier. Mais ActionAid France déplore « que le projet ait été progressivement vidé de sa substance et recentré sur un seul objectif : faire barrage aux marques chinoises Shein et Temu ». Dans d’autres sites de production, notamment au Bangladesh, les conditions de travail seraient tout aussi indignes dans des sites de production d’enseignes comme Kiabi, Primark ou Decathlon. Et les conséquences environnementales tout aussi délétères.

