Précarité accrue pour les travailleurs de la donnée

Une nouvelle étude montre que les « micro-travailleurs », qui entrainent les systèmes d’intelligence artificielle en Egypte, exercent cette activité dans des conditions de plus en plus précaires et pour un salaire misérable.

Publié le 12 janvier 2026 à 17h01 Lecture 3

Derrière la montée en puissance de l’IA dans le monde, des travailleurs de la donnée sous-payés, isolés, corvéables à merci et sans aucune protection juridique…La réalité de l’activité de celles et ceux qui entrainent les systèmes d’IA pour les géants de la technologie commence à être connue. Une nouvelle étude du groupe de recherche DiPLab (pour Digital Platform Labor) montre que la situation de ces travailleurs en Egypte se dégrade encore.

L’enquête du DiPLab porte sur plus de 600 travailleurs égyptiens des plateformes numériques. Les trois quarts d’entre eux sont des jeunes hommes diplômés, ils exercent cette activité par nécessité financière, pour payer leur loyer et leur nourriture. Ces travailleurs accomplissent des tâches répétitives essentielles – étiquetage d’images, transcription audio, évaluation de contenu, annotation de données – qui permettent d’entrainer les modèles d’apprentissage automatique.

En dépit de l’importance de leur activité, ils perçoivent des revenus très modestes. Le revenu mensuel moyen est de 58,76 dollars, soit moins de la moitié du salaire minimum égyptien, la rémunération à l’heure est de 1,22 dollar seulement. Les gains sont très fluctuants d’un mois à l’autre, en fonction des besoins des multinationales.

Comparée à l’étude de 2018 de l’Organisation internationale du travail (OIT), l’enquête du DiPLab révèle une détérioration des conditions de travail des travailleurs du secteur. Les rémunérations à l’heure ont chuté de 70 % depuis 2018, et ce, alors même que les exigences de qualification pour exercer cette activité ont augmenté.

Si cette activité d’entrainement des systèmes d’IA est considérée comme un travail secondaire, l’enquête montre qu’elle requiert un investissement en temps et une disponibilité importante. En moyenne, ces « micro-travailleurs » passent plus de 12 heures par semaine sur les plateformes numériques. Ils consultent les plateformes plus d’une fois par jour afin de ne pas manquer de nouvelles opportunités, et une partie d’entre eux travaillent même 7 jours sur 7, sur des créneaux horaires alignés à ceux des clients en Asie, en Europe ou aux Etats-Unis.

Cette activité de travail est par ailleurs dominée par un contrôle algorithmique. Les auteurs de l’enquête notent que les plateformes limitent les interactions collectives des micro-travailleurs, qui se retrouvent isolés. La nouvelle loi égyptienne ne reconnaît pas explicitement le travail via les plateformes numériques, les travailleurs ne bénéficient pas de garanties de salaire minimum ni de quelque protection sociale.