Des apprentis résignés face à la pénibilité du travail

Près de 85 % des jeunes en apprentissage sont exposés à un facteur de pénibilité physique. En dépit de conditions de travail difficiles et d’horaires atypiques, les apprentis se disent satisfaits de leur expérience en entreprise.

Publié le 17 juin 2026 à 18h06 Lecture 5
Boulangers pétrissant la pâte en atelier
Les apprentis des métiers de bouche sont les plus concernés par les horaires atypiques : 43% d’entre eux cumulent trois à quatre contraintes d’horaire. © Adobe Stock

Alors que l’inquiétude grandit autour de la massification de l’apprentissage et la dégradation de la santé et de la sécurité des apprentis, c’est au tour des services statistiques du ministère du Travail (Dares) de publier ce 17 juin une étude sur les conditions de travail des jeunes travailleurs et travailleuses en contrat d’apprentissage.

Corolaire inquiétant de l’explosion récente des contrats d’apprentissage, les morts au travail des jeunes apprentis sont de plus en plus nombreuses. Avec une fréquence d’accidents du travail 2,5 fois plus importante chez les moins de 25 ans, la sinistralité des jeunes au travail ne peut qu’interroger les acteurs de la prévention des risques professionnels.

Nombre d’apprentis exposés à la pénibilité

L’enquête conduite par Athénaïs Plé, chargée d’études sur l’alternance à la Dares, concerne plus de 8 000 jeunes travailleurs mineurs et majeurs, recrutés en contrat d’apprentissage en 2018. Elle montre que 84 % des apprentis sont exposés à un facteur de pénibilité, ponctuellement ou régulièrement, et 64 % en cumulent plusieurs.

Les facteurs de pénibilité étudiés sont les suivants : l’exposition à des fumées ou poussières, au bruit, à des températures élevées ou à des températures basses. « Nous sommes conscients qu’il peut y avoir d’autres facteurs de pénibilité, mais nous ne les avons pas étudiés dans cette étude », précise néanmoins Athénaïs Plé, lors d’une présentation à la presse des résultats. Plusieurs pénibilités physiques ne sont pas prises en compte dans cette enquête, comme la posture pénible et fatigante, le port de charges lourdes, les mouvements douloureux ou fatigants, etc.

Dans le détail, 60 % des apprentis rapportent respirer des fumées ou poussières, 28 % régulièrement. De même, 60 % sont exposés à des températures élevées, 21 % régulièrement. Plus d’un apprenti sur deux est exposé à des températures basses, et 18 % sont exposés au bruit. L’exposition des apprentis à la pénibilité est plus élevée quand ils travaillent dans de petites et moyennes structures (moins de 250 salariés).

Heures supplémentaires et horaires atypiques

Près de 70 % des apprentis déclarent faire des heures supplémentaires. Les heures supplémentaires ne sont pas systématiquement compensées sous forme de congés et de rémunération pour 40 % d’entre eux. « Cette compensation est pourtant obligatoire », relève la chargée d’étude de la Dares.

La législation prévoit que les apprentis peuvent travailler en horaires atypiques, c’est-à-dire avant sept heures du matin, après 20 heures, le samedi ou le dimanche. Les horaires atypiques concernent 65 % des apprentis, travailler le samedi est le cas le plus courant avec près de la moitié des jeunes travailleurs concernés. De plus, 31 % des apprentis travaillent le matin tôt et 25 % le soir tard.

Près d’un tiers des apprentis travaillent à des horaires irréguliers. Leurs horaires peuvent varier en fonction des jours, des semaines ou des mois. Parmi eux, 36 % sont avertis de ces horaires la veille ou le jour même, tandis que 34 % le sont une semaine à l’avance ou moins.

Haut niveau de satisfaction

En dépit de la pénibilité des conditions de travail en apprentissage, la quasi-totalité des jeunes s’estiment satisfaits de leur expérience au travail : 87 % se déclarent satisfaits de leur bien-être physique au travail alors qu’ils sont pourtant 84 % à subir ponctuellement ou régulièrement de la pénibilité physique.

Comment expliquer ce haut niveau de satisfaction ? L’autrice de l’étude de la Dares avance plusieurs explications : exposition à ces contraintes pendant la durée limitée du temps de l’apprentissage, acceptation de la pénibilité par les apprentis pour intégrer des normes professionnelles et s’insérer à long terme dans le métier envisagé…

Invisibilisation des risques

Dans une étude publiée en 2024, la sociologue Zoé Rollin, maîtresse de conférences à l’université Paris Cité, a souligné la banalisation du risque chimique par les apprentis et leurs enseignants dans des filières concernées, comme l’automobile et les métiers de la beauté (coiffure et esthétique). « Déployer un discours de prévention sur le risque chimique, passe par la révélation de la dangerosité du métier, sur un de ses versants les plus inquiétants, le développement d’allergies sévères ou de cancers professionnels », analyse-t-elle.

En somme, la pénibilité du travail des apprentis est considérée comme une fatalité. Une invisibilisation des risques, rendant la prévention particulièrement délicate à mettre en pratique.