Les conditions de travail se dégradent pour les employés

Intensification du travail, manque d’autonomie, confrontation à des comportements hostiles… Une nouvelle étude pointe une dégradation des conditions de travail pour les employés en raison d’une augmentation de l’exposition aux risques psychosociaux et aux contraintes physiques.

Publié le 10 septembre 2026 à 08h09 Lecture 4
Caissière scannant des achats dans un supermarché
De plus en plus employés en France, notamment des femmes, sont exposés à des facteurs de risques psychosociaux. © Adobe Stock

Evaluer en France les évolutions des conditions de travail et des risques psychosociaux (RPS) est l’un des objectifs des services statistiques du ministère du Travail (Dares). Les derniers résultats de l’enquête de la Dares, publiés ce 9 septembre, étaient attendus alors même que plusieurs études récentes montrent une explosion des RPS dans les entreprises.

Cette enquête par questionnaire est conduite auprès de plus de 25 000 personnes en activité, l’évolution est évaluée sur la période 2016-2024.

Premier constat : les contraintes physiques (port de charge, postures pénibles, déplacements à pied…) et les nuisances sur le lieu de travail (bruit intense, contact avec des produits dangereux…) ne se sont pas améliorées depuis 2016. Elles sont restées globalement stables, hormis pour la catégorie socioprofessionnelle des employés pour lesquels la situation s’est détériorée.

Baisse globale de l’intensité du travail

S’agissant des RPS, les chercheurs de la Dares observent une « baisse inédite » de l’intensité de travail. Cette intensité de travail est évaluée en considérant les contraintes de rythme (le rythme d’une machine, la dépendance par rapport aux normes de production ou aux collègues) et la pression temporelle (le besoin de se hâter, de travailler sous pression, d’être surchargé de travail…).

Un point de vigilance : le niveau d’intensité du travail reste cependant élevé, supérieur à celui des années 1980 et 1990. « Par exemple, 50 % des salariés subissent un rythme imposé par des demandes extérieures exigeant une réponse immédiate, contre 28 % en 1984 », soulignent les signataires de l’étude.

Par ailleurs, les employés, en particulier celles et ceux qui sont peu qualifiés, ne sont pas concernés par cette baisse de l’intensité de travail. A contrario, le nombre d’employés exposés à une contrainte de rythme ou de la pression temporelle augmente. Les employés « qualifiés » et « peu qualifiés » représentent respectivement 15,6 % et 13 % des salariés en France.

Tableau nuancé, mais préoccupant

S’agissant d’autres facteurs de risques psychosociaux, les chercheurs de la Dares précisent que les salariés font dans l’ensemble état de meilleures relations de travail avec leurs collègues et leur hiérarchie, de plus faibles exigences émotionnelles et d’un sentiment accru de pouvoir réaliser un travail de qualité. En somme, une tendance globale à l’amélioration sur ces points.

Le manque d’autonomie, autre facteur de RPS, recule également. Seule exception notable : les employés peu qualifiés. Leur manque d’autonomie organisationnelle augmente, en lien avec une moindre possibilité d’intervenir sur la quantité de travail demandée ou d’interrompre son travail.

La part de salariés rapportant des « comportements hostiles » selon le terme de la Dares (critiques injustes, blagues blessantes, propos obscènes…) est en augmentation de deux points depuis 2016 : 31 % des salariés déclarent en avoir subi en 2024 contre 29 % en 2016. Et ce sont surtout les employés qui déclarent une nette augmentation de l’exposition à des comportements harcelants pendant leur activité de travail : cinq points de plus pour les employés qualifiés, huit points de plus pour les employés peu qualifiés.

Soutenabilité du travail

Ces données paraissent presque encourageantes, bien que l’infléchissement observé soit loin de compenser l’explosion des facteurs des risques psychosociaux observée depuis la fin des années 90.

Quoi qu’il en soit, la part de salariés ne se sentant pas capables de faire le même travail jusqu’à la retraite augmente, elle passe de 38 % à 41 % entre 2016 et 2024. Elle progresse même de six points parmi les employés peu qualifiés, précisément celles et ceux pour lesquels les conditions de travail se sont dégradées depuis la précédente enquête.