« Les données font apparaître une forte augmentation des violations des droits fondamentaux, notamment l’accès à la justice, le droit à la liberté d’expression et à la liberté de réunion et le droit de négociation collective » : une alerte en préambule du rapport annuel de la CSI. « L’Indice CSI des droits dans le monde », publié en juin dernier, est la douzième édition de ce baromètre annuel : 151 pays ont été analysés sur la base d’une centaine d’indicateurs.
Comme le rappelle la CSI, une confédération qui regroupe 341 organisations syndicales dans le monde, dont la CGT, la CFDT et FO, pour la France, ces droits « forment la base de l’État de droit démocratique et des conditions de travail équitables pour tous ».
« Guerre mondiale contre les droits »
Les droits et libertés des travailleurs ont encore reculé, et la CSI parle d’une « guerre mondiale contre les droits du travail ». Les travailleurs n’ont qu’un accès limité, voire aucun accès à la justice dans 72 % des pays, un chiffre en forte augmentation par rapport aux 65 % de 2024. Le droit de grève a été violé dans 87 % des pays, tandis que des atteintes à la liberté d’expression et à la liberté de réunion sont signalées dans 45 % des pays.
Les activités des organisations syndicales sont menacées dans de nombreux pays. Dans trois pays sur quatre, les travailleurs ont perdu le droit de se syndiquer ou de former un syndicat. De plus, le droit de négociation collective a été restreint dans 80 % des pays. Le rapport cite la France (voir encadré) : « près de quatre conventions collectives sur dix ont été imposées unilatéralement par les employeurs, sans représentation syndicale ».
Les dix pires pays
Chaque année, l’Indice CSI recense les violations commises par les gouvernements et les employeurs et pointe les dix pires pays au monde. Ce triste palmarès regroupe cette année le Bangladesh, la Biélorussie, l’Égypte, l’Équateur, l’Eswatini, la Birmanie, le Nigéria, les Philippines, la Tunisie et la Turquie.
Dans ces pays, les militants syndicaux sont gravement persécutés, voire détenus arbitrairement, la négociation collective est inexistante, le droit de grève est le plus souvent violemment réprimé ainsi que le droit d’expression et de manifestation.
Ces violations des droits profitent aussi aux grandes entreprises internationales qui sous-traitent une part de leur activité dans certains de ces pays, comme au Bangladesh, grand producteur du marché mondial de la mode. « Les travailleurs du secteur de la confection subissent des violations constantes de leurs droits fondamentaux, rappelle le document de la CSI. En raison des menaces des employeurs, de la violence, des licenciements massifs et des règles d’adhésion et d’enregistrement restrictives, il est pratiquement impossible aux travailleurs de l’habillement de constituer des syndicats ou de s’y affilier. »
« Violations réitérées des droits » en France
La France se situe dans le groupe 2 « violations réitérées des droits » du classement de la CSI. L’hexagone est moins bien classé que d’autres pays d’Europe, Allemagne, Autriche, Danemark, Irlande, Islande Norvège et Suède.
La CSI pointe en France la dégradation de la négociation collective dans les petites et moyennes entreprises (PME). « Les réformes régressives de 2017 ont donné davantage de pouvoir aux employeurs pour imposer les conditions de travail et contourner la représentation collective. » La CSI estime que 40,2 % des conventions collectives d’entreprise ont été adoptées en 2024 par ce type de « référendum patronal », soit 172 000 PME qui emploient 4,5 millions de personnes.
L’accès des travailleurs à la justice s’est aussi compliqué en France : « les listes d’attente dans les tribunaux sont excessivement longues et des limites sont imposées pour l’indemnisation des licenciements abusifs ».
Les syndicalistes français subissent, comme dans d’autres pays un niveau alarmant de « persécutions ». Le rapport note que plus de 1 000 dirigeants syndicaux et membres de la CGT ont fait l’objet de poursuites et de mesures disciplinaires suite aux manifestations contre la réforme des retraites. Enfin, la CSI précise que plusieurs bureaux de confédération – le bureau de CFDT de Rennes, le bureau de la CGT de Gennevilliers, du Puy-de-Dôme et de l’Occitanie – ont été vandalisés par des organisations d’extrême droite.

