Seuls 380 accords d’entreprise portant sur les effets au travail du changement climatique ont été signés en trois ans, selon les résultats de l’enquête de Sextant Expertise publiée le 11 décembre. « Cette étude met en lumière un retard préoccupant dans la prise en compte du dérèglement climatique », analyse le cabinet d’expertise.
Plusieurs agences nationales et internationales alertent pourtant sur l’augmentation des risques professionnels liée aux fortes chaleurs. Si certains risques physiques liés aux canicules ainsi que des situations de travail à risque (par exemple, porter des charges lourdes ou travailler en extérieur) sont parfois identifiés par les entreprises, d’autres risques doivent être pris en compte.
Le rapport de l’Anses de 2018 « effets du changement climatique en milieu de travail » souligne notamment les risques chimiques, d’incendie et d’explosion qui augmentent avec l’élévation des températures, ceux d’accidents en raison de la baisse de la vigilance, ou encore les risques biologiques liés à la prolifération d’organismes pathogènes.
D’après l’analyse de Sextant Expertise, l’industrie manufacturière regroupe 38 % des accords signés, un secteur suivi par le transport et l’entreposage avec 16 % des accords. Le cabinet s’étonne que la construction ne représente que 8 % des accords d’entreprise alors que ce « secteur travaille au plus près des aléas climatiques ». Les négociations sont aussi rares dans l’agriculture, pourtant particulièrement exposée aux effets du changement climatique.
Autre enseignement de l’étude, seuls 8 % des accords comportent une adaptation complète et structurée autour des trois dimensions, techniques, humaines et organisationnelles.
Sextant Expertise a cependant repéré 32 accords innovants, dont « sept exemplaires ». Ces textes prévoient, par exemple, une réorganisation des horaires, des pauses supplémentaires, des aménagements des rotations entre zones chaudes et zones tempérées. Ils anticipent des arrêts temporaires d’activité en cas d’alerte rouge.
« Le dérèglement climatique transforme le travail plus vite que la négociation ne s’adapte » : selon Sextant Expertise, réduire ce décalage devient indispensable. Depuis le 1er juillet 2025, les obligations des employeurs sont renforcées en matière de prévention des risques professionnels en cas de fortes chaleurs ou canicule. Ces obligations des employeurs, souvent considérées comme minimales au regard des enjeux pour la santé des travailleurs et travailleuses, ne sont pas suffisantes.
Pour l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), il est nécessaire de repérer avec les travailleurs concernés les différents risques liés au travail par fortes chaleurs en s’appuyant sur les situations de travail réelles. Une étude de l’Anact de 2023 a également montré que le changement climatique est rarement un objet de dialogue social. « Le repérage des risques, l’identification des mesures de prévention et de leurs effets, les évolutions du travail et du système de production nécessitent pourtant d’être pensés et mis en discussion en s’appuyant sur l’expertise des salariés », souligne l’agence.

