Conférence sur le travail : la main tendue du ministre Jean-Pierre Farandou au Medef

A l’occasion d’une rencontre avec les journalistes, le ministre du Travail a mis en avant l’importance de la conférence sur le travail, l’emploi et les retraites, alors que ce dialogue social reste boycotté par le Medef.

Publié le 20 janvier 2026 à 17h01 Lecture 7
Manifestation avec pancarte contre réforme retraite.
Pour le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, la suspension de la réforme des retraites doit être l'occasion de relancer le dialogue social sur le sujet. © Adobe Stock

En ce mardi matin du 20 janvier, le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, a accepté l’invitation de l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis). Un rite de passage quasi obligatoire pour l’ancien président de la SNCF, nommé en octobre dernier au gouvernement, et une occasion de défendre et d’expliquer l’esprit de la conférence sur le travail, officiellement lancée en décembre dernier.

Inquiétude sur le financement des retraites

« Cette conférence Travail, Emploi, Retraites (TER) est mon initiative. J’aime cette image sympathique du TER, un petit train qui continue à avancer, et nous verrons qui veut monter. Nous savons bien qu’un sujet majeur dans notre pays est cette réforme des retraites, ou plus globalement les retraites », commence le ministre du Travail.

Pour celui qui détient l’un des maroquins ministériels les plus sensibles, ne serait-ce qu’au regard de l’hostilité des organisations syndicales et de la majorité de la population à un recul de l’âge de départ, la « suspension » de la réforme des retraites est l’occasion de relancer un dialogue social auquel il se dit particulièrement attaché.« Cette suspension a été l’une des conditions au moins nécessaires de la stabilité politique », rappelle-t-il.

Pour le ministre, cette suspension permet de donner du temps à la reprise du dialogue social, alors que le dernier conclave sur les retraites du précédent Premier ministre a échoué. « La question du financement du système de retraites reste posée, avec une accentuation du déséquilibre entre actifs et retraités », souligne le ministre.

« Parler du travail »

Jean-Pierre Farandou constate que la plupart des Français et Françaises sont las du travail lorsqu’ils arrivent à l’âge de 60-61 ans, alors que ce n’est pas le cas, selon lui, dans d’autres pays d’Europe. « Les conditions de travail au sens très large du terme, ce que vous vivez dans votre entreprise, les relations de travail, l’ambiance de travail, le sens de votre travail, la rémunération, la reconnaissance de votre travail, tout cela compte beaucoup. Et si ce vécu est positif, ce n’est pas forcément un drame si vous devez faire deux ans de plus », estime le ministre.

Pour Jean-Pierre Farandou, cette conférence TER va justement permettre de « parler du travail », un préalable nécessaire pour travailler davantage. Pour autant, le Medef a jusqu’ici décidé de boycotter cette invitation en réaction au « délire fiscal » du Parlement. Une absence de la plus importante organisation patronale qui risque de rendre caduque la démarche. « Deux organisations patronales sur trois sont présentes, mais je ne peux que regretter l’absence du Medef, continue le ministre. La porte n’est pas fermée, le ministre ouvre les bras au Medef qui a toute sa place, il viendra quand il le souhaitera .»

Pas d’accord national en vue

Le ministre du Travail précise que la conférence n’a pas comme objectif un accord entre les partenaires sociaux. « C’est une démarche qui vise à y voir clair, à comprendre, à alimenter un débat de manière objective », explique-t-il. En l’absence du Medef, certes gênante et dommageable pour le ministre, la démarche ne serait pas pour autant vouée à l’échec.

S’agissant des retraites, Jean-Pierre Farandou souhaite des documents d’explications simples, par exemple, comment marche un système par répartition ou un système par points, afin que chaque citoyen puisse être en mesure de comprendre les enjeux autour du financement du système. Sur le travail, il s’agirait plutôt d’un partage de « bonnes pratiques » mises en œuvre par des entreprises vertueuses. Enfin, concernant l’emploi, le ministre rappelle que la France a besoin d’entreprises qui se développent.

« Confusion » sur les accidents du travail mortels ?

Alors que certaines organisations syndicales ont accepté de répondre à l’invitation de Jean-Pierre Farandou pour travailler sur la question des accidents du travail graves, le ministre minimise quelque peu l’augmentation des accidents du travail (AT) mortels, tout en rappelant qu’il a pu être très affecté, en tant que chef d’entreprise, par de tels drames. « L’idée qu’un salarié ou une salariée puisse perdre la vie au travail est inacceptable », poursuit-il.

« Mais ce qui me frappe, c’est cette espèce de confusion dans la manière dont on regarde les chiffres, et cette confusion n’incite pas à développer les bons plans d’action », estime-t-il. Jean-Pierre Farandou souligne que la moitié des accidents mortels sont des malaises cardiaques : « Je ne suis pas en train de me défiler. Mais s’il existe un problème de malaises dans les entreprises, il faut un plan de prévention des malaises. C’est un sujet médical, même si j’ai conscience que certaines circonstances du travail peuvent aggraver le risque de malaise pour les personnes qui ont déjà des prédispositions. »

Un discours qui risque de heurter

Le ministre rappelle que les accidents de trajet représentent près de 15 % des accidents mortels. D’où l’importance, selon lui, des campagnes de sécurité routière. « Il y a environ 35 % des cas très directement liés à l’activité professionnelle. De ceux-là, on parle beaucoup, mais je trouve qu’on oublie les malaises cardiaques et les accidents de trajet », analyse-t-il. La lutte contre les accidents graves et mortels reste l’une des priorités du ministère, et le ministre souhaite valoriser les entreprises qui ont de bonnes pratiques sur la prévention des risques.

Interrogé sur les AT mortels chez les jeunes, en particulier celles et ceux en apprentissage, Jean-Pierre Farandou fait valoir que l’apprentissage reste une excellente manière de former les jeunes et de les insérer dans le monde du travail. « J’ai conscience qu’il y a plus de risques d’accidents pour les personnes qui ne connaissent pas l’entreprise. C’est le sens de la campagne lancée en fin d’année, nous avons mis l’accent sur les risques pour les nouveaux arrivants », défend-il.

Les ruptures conventionnelles en ligne de mire

Autre sujet important pour les partenaires sociaux et les travailleurs : l’assurance-chômage. Le précédent gouvernement de François Bayrou avait décidé de durcir les règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi afin de réaliser 4 milliards d’économies annuelles à partir de 2030. Un projet qui avait fait bondir les représentants des organisations syndicales.

Ce document de cadrage a été temporairement suspendu en attendant un accord sur les ruptures conventionnelles et les contrats courts. « Nous ne voulons pas passer en force sur l’assurance-chômage, plaide Jean-Pierre Farandou. Nous souhaitons là encore un dialogue social constructif, le plus apaisé possible. »

L’objectif d’économies fixé aux partenaires sociaux est de 400 millions d’euros par an. Le ministre souhaite un accord sur les ruptures conventionnelles, lesquelles sont en augmentation et représentent selon lui 25 % du poids des indemnités de l’assurance-chômage. « Je fais confiance aux partenaires sociaux, mais je prendrai mes responsabilités si cela est nécessaire », prévient le ministre.
En somme, une confiance sous contraintes, puisque l’exécutif reprendrait la main en l’absence d’accord.