« C’est surtout votre condamnation pénale que vous cherchez à éviter », fustige la CGT-Finances publiques dans une déclaration à l’administration. Les mesures présentées le 30 octobre 2025 auraient ainsi pour objectif de protéger la direction des risques judiciaires au regard des dramatiques suicides des agents. Le syndicat, qui a affirmé dans un tract que la DGFiP est devenue « une machine à broyer », suggère même un parallélisme avec France Télécom.
La CFDT et la CFTC des finances publiques, qui ont demandé en vain la réalisation d’un audit externe et indépendant afin d’évaluer l’impact de l’organisation du travail sur les conditions de travail des agents, ont également rendu un avis défavorable au plan de prévention. Tout en dénonçant des mesures « cosmétiques », Solidaires-Finances publiques estime que le plan « ne s’attaque pas aux causes réelles du mal-être au travail des personnels ».
18 décès par suicide
En juillet dernier, cette vague de suicides à la DGFiP a donné lieu à plusieurs articles de presse, à la suite des alertes des organisations syndicales. L’ensemble des organisations syndicales représentatives ont demandé en urgence à leur direction une réunion spécifique sur ces drames. Pour Solidaires-Finances publiques, c’est même cette couverture médiatique qui aurait poussé la direction à réagir en élaborant un plan de prévention dédié aux risques suicidaires.
Les organisations syndicales s’alarment d’une situation particulièrement grave alors que le décompte macabre ne cesse d’augmenter. Fin octobre, elles font savoir que 18 suicides et 17 tentatives de suicide ont été comptabilisés à la DGFiP depuis le début de l’année.
Pour la direction de l’administration, la majorité des passages à l’acte semble relever de la sphère privée. Des membres du gouvernement précédent, en particulier la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, et le ministre de l’Économie, Eric Lombard, ont déclaré que ces suicides ne seraient pas liés aux conditions de travail. Des suppositions qui ont fait bondir les syndicats. « La DGFiP connaît une vague de suicides et tentatives sans précédent, souligne FO-DGFiP dans un communiqué. Si les facteurs sont à la fois multiples et éminemment personnels, il n’est plus possible de se retrancher derrière des fragilités individuelles réelles ou supposées. »
Plus de 30 000 postes supprimés
L’administration fiscale compte près de 95 000 agents aujourd’hui. La fusion de la direction générale des impôts et de la direction générale de la comptabilité publique, en 2008, a entraîné la suppression de quelque 32 000 postes. Derrière ces suppressions de postes, « ce sont des équipes fragilisées, des services publics affaiblis, des usagers délaissés, analyse Solidaires. La charge de travail explose, les conditions de travail se dégradent, le sens du travail s’effrite ».
La CGT dit recevoir de plus en plus d’alertes relatives à la souffrance au travail des agents de la DGFiP. Le syndicat considère que l’administration traverse une crise organisationnelle qui rappelle celle infligée aux employés de France Télécom : « Des réformes imposées à tous, une intervention systématique des cabinets de conseil, un management pathogène, une réduction drastique des effectifs, des mobilités imposées, une incompréhension des personnels ». Avec, à terme, une catastrophe humaine de dépressions et de suicides.
Une approche « individualisante »
Le plan de prévention des risques suicidaires de la direction repose notamment sur la formation des encadrants à « la détection des signaux faibles », le déploiement de formations en « premiers secours » en santé mentale (PSSM), ou encore sur des réunions annuelles consacrées au sens, à l’organisation et aux conditions de travail. D’après la Croix-Rouge, les « premiers secours en santé mentale » constituent l’aide apportée à une personne lors d’un trouble de santé mentale, et ce, dans l’attente d’une aide professionnelle.
« Le plan présenté par la DGFiP se concentre essentiellement sur les situations individuelles, transférant la responsabilité de la détection des risques aux encadrants, sans interroger l’organisation du travail par un diagnostic », regrettent la CFDT et la CFTC. « Vous vous préoccupez de traiter le mal-être des agents afin d’éviter le passage à l’acte, mais que faites-vous pour juguler les raisons de ce mal-être ? », interpelle le communiqué de la CGT.
Causes profondes du mal-être
Solidaires est opposée au dispositif PSSM, centré selon l’organisation syndicale sur le soutien individuel. « La logique sous-jacente est celle d’une individualisation de la prise en charge : on forme des agent·es à repérer la détresse de leurs collègues, à la nommer, à orienter vers un relais médical ou psychologique », analyse-t-elle. En somme, les organisations syndicales demandent que soient prises en compte les causes profondes du mal-être au travail des agents, en particulier l’intensification du travail, la perte de sens au travail, l’isolement et le délitement des collectifs de travail.
Compte tenu du front commun qui se dessine contre ce plan de prévention, la direction de l’administration fiscale pourrait être amenée à revoir sa copie. Mais elle peut aussi estimer que l’ensemble des mesures retenues sont suffisantes pour prévenir les risques suicidaires chez les agents vulnérables en raison de leurs problématiques d’ordre personnel.

