Seuls 4% des enseignants français estiment que leur métier est valorisé dans la société. Ce record mondial, révélé par l’enquête internationale Talis de l’OCDE publiée le 7 octobre, témoigne du manque de reconnaissance d’une profession en souffrance. Déjà en juin dernier, une enquête du SNES-FSU auprès de plus de 10 000 personnels du second degré montrait des enseignants « inquiets, fatigués, désabusés et en colère ». La consultation en ligne du SNUipp, syndicat qui représente les professeurs des écoles, soulignait en 2023 une dégradation des conditions de travail et une perte de sens du métier.
Les résultats de l’enquête internationale Talis (pour Teaching and Learning International Survey), relative aux pratiques professionnelles, conditions d’exercice et perceptions du métier des enseignants, viennent étayer les alertes des organisations syndicales. Avec la mobilisation de 6 000 enseignants au collège et à l’école élémentaire, la France a participé à la quatrième édition de cette enquête conduite dans 55 pays.
Manque d’écoute des décideurs
Le résumé de la note d’information publiée par le service de statistique publique du ministère chargé de l’éducation (DEPP) commence par une phrase rassurante : « neuf enseignants sur dix déclarent se sentir souvent heureux lorsqu’ils enseignent. » Mais d’autres chiffres bien plus préoccupants sont relevés, en particulier sur le « faible sentiment de reconnaissance » exprimé par les enseignants français.
« Au collège, les proportions d’enseignants qui se sentent valorisés dans leur établissement par les élèves (55 %) et les parents (45 %) sont les plus faibles au niveau international », souligne le document. Comparativement à leurs collègues du second degré, les enseignants en école élémentaire se sentent mieux considérés par les enfants et leurs parents.
Mais que ce soit au collège ou en école, les enseignants sont seulement 4% à estimer que leur opinion est valorisée par les décideurs politiques et dans la société. Ils sont également très peu nombreux à se sentir reconnus par les médias.
Stress et épuisement
Près d’un enseignant sur deux (40 % au collège et 46 % à l’école élémentaire) déclare éprouver « assez » ou « beaucoup » de stress dans son travail. « Le suivi de l’évolution des exigences institutionnelles est déclaré comme une potentielle source importante de stress », précise la note de la DEPP. Dans un contexte de multiplication des réformes dans l’Éducation nationale, les changements demandés aux enseignants, en l’absence de ressources nécessaires, entraînent de l’épuisement chez beaucoup d’entre eux.
De nombreux enseignants expriment par ailleurs des difficultés à concilier vie professionnelle et vie privée en raison des exigences de leur métier : seuls 46 % des enseignants au collège et 35 % à l’école élémentaire estiment que leur travail leur laisse du temps pour leur vie personnelle. Au collège, cette proportion est inférieure à la moyenne observée dans l’Union européenne.
La part des enseignants estimant que leur travail nuit à leur santé mentale et physique est certes en baisse depuis 2018, avec moins d’un tiers des professionnels exprimant aujourd’hui de telles conséquences, mais elle reste supérieure aux moyennes européennes s’agissant des enseignants au collège.
Dans l’Éducation nationale comme dans l’ensemble de la fonction publique, il reste impossible d’appréhender de manière précise les effets sur la santé imputables aux conditions de travail. Le dernier rapport de la Cour des comptes sur la reconnaissance des maladies professionnelles a notamment pointé « des données lacunaires pour la fonction publique, faute de priorisation du système d’information permettant la centralisation des données ».
Vocation remise en question
Par ailleurs, 27 % des enseignants au collège et 22 % des enseignants à l’école élémentaire se disent satisfaits de leur rémunération. Là encore, ces niveaux d’insatisfaction sont élevés par rapport aux autres pays. Manque de reconnaissance, stress, épuisement, rémunérations peu satisfaisantes : le nombre d’enseignants remettant en question leur choix professionnel a sensiblement augmenté en France par rapport aux autres pays.
Face à cette détresse, les organisations syndicales se mobilisent pour améliorer les conditions de travail et d’emploi dans l’Education nationale. Des associations de soutien ont aussi vu le jour : Aide aux profs pour celles et ceux qui veulent changer de métier, HelpEN en cas de harcèlement moral au travail, Stop suicide Educ Nat pour la prévention du risque suicidaire. Un réseau qui témoigne de l’urgence de la situation alors que le système éducatif fait face à des difficultés croissantes de recrutement.

