La semaine de 4 jours bénéficie d’un intérêt croissant. Sont mises en avant des entreprises françaises « exemplaires » ayant adopté cette organisation du travail, comme Welcome to the Jungle, IT Partner ou LDLC. « Mais ces entreprises médiatisées ont toutes en commun d’avoir mis en place une semaine de 4 jours associée à une réduction du temps de travail », observe Pauline Grimaud, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Tours, à l’occasion d’une conférence en ligne organisée fin avril par les Rendez-vous du dialogue social de l’Institut du travail de l’université de Strasbourg.
Durée du travail identique
Pauline Grimaud a identifié, sur l’année 2023, 459 accords mentionnant la semaine de 4 jours, soit 5 fois plus d’accords sur la question qu’en 2020, ce qui témoigne d’un engouement pour cette organisation. Ses analyses, qui portent sur un échantillon de 250 accords, ont été publiées par le Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET-Cnam) à l’automne dernier. Les accords sur la semaine de 4 jours restent toutefois marginaux au regard du nombre total d’accords sur le temps de travail (17 000 accords signés chaque année).
Une étude conduite en avril 2024 par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) a montré que ce rythme de travail est souhaité par au moins la moitié des salariés. « Réduire le nombre de jours travaillés à 4 jours par semaine, sans réduire le temps de travail, séduit un actif sur deux, qui serait a priori plus satisfait de ce rythme », précise le Crédoc.
Premier enseignement de l’étude Pauline Grimaud : dans 95% des cas, les accords ne proposent aucune réduction de la durée du travail. « Cette organisation vise à compresser la semaine de travail des salariés en allongeant l’amplitude de leur journée, souligne-t-elle. Aucun accord ne propose la création d’emplois, l’idée étant d’obtenir autant, ou plus, sans faire appel à des salariés supplémentaires. »
Flexibilisation et intensification
La semaine en 4 jours entraine, dans l’immense majorité des cas étudiés par la sociologue, un allongement de l’amplitude de la journée de travail et une intensification du travail. «Avec les pauses méridiennes, l’amplitude journalière est bien souvent supérieure à 10 heures par jour », pointe la chercheuse.
Au moins 20 % des accords signés prévoient même une modulation de la semaine de 4 jours en fonction de l’activité de l’entreprise : des semaines de 4 jours de 30 heures par exemple en basse activité et des semaines de haute activité de 40 heures ou plus. Une organisation qui permet de ne plus payer des heures supplémentaires aux salariés lorsque les saisons ou carnets de commandes demandent un investissement supplémentaire.
« Avec ce mécanisme, la semaine de 4 jours s’inscrit dans la continuité des mesures de flexibilisation du temps de travail menées depuis les années 1980 au nom de la compétitivité des entreprises », note Pauline Grimaud dans sa publication du CEET. Flexibilisation qui va de pair avec l’adaptation des salariés à l’activité économique de l’entreprise.
Contrepartie
Dans 60% des cas, la semaine de 4 jours est organisée sur les 5 jours de semaine avec un jour de travail non travaillé collectif ou un jour non travaillé pris individuellement. Mais la semaine de 4 jours peut prendre en compte 6 ou 7 jours dans les services qui fonctionnent sur des plages horaires étendues (santé, commerce…). Les salariés peuvent travailler deux week-ends par mois, et leurs jours de repos ne sont ni fixes ni consécutifs.
La semaine de 4 jours est alors proposée en contrepartie des horaires atypiques. « L’idée couramment admise que ce dispositif est forcément favorable à la conciliation entre la vie professionnelle et la vie personnelle doit ici être sérieusement mise en cause, puisque ces horaires atypiques diminuent sensiblement le temps partagé en famille », nuance Pauline Grimaud.
Risques d’accidents
L’ organisation de la semaine en quatre jours permet en quelque sorte d’échapper au travail, avec une journée de repos hebdomadaire supplémentaire par semaine, ce qui explique son succès parmi les salariés et leurs représentants. « La semaine de 4 jours soulève une vision contradictoire du “bien-être au travail”, qui serait principalement axé sur le temps hors travail », pointe Pauline Grimaud.
Travailler plus sur un nombre de jours moins conséquent peut entrainer un épuisement et une augmentation des risques d’accidents de travail. En somme, cette organisation, souhaitée par les directions pour des raisons de compétitivité de l’entreprise, n’est pas sans risque pour la santé des salariés. L’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) a récemment alerté sur les enjeux pour la santé et la sécurité au travail de la semaine en 4 jours.

