Le pari de la conférence TER était de dégager des « voies de passage », en particulier sur les régimes de retraite. Au fil d’une quarantaine de séances de travail, de décembre 2025 à l’été 2026, la conférence a réuni les organisations syndicales et patronales, hormis le Medef, première organisation patronale, qui avait refusé d’y participer. Le ministère du Travail rappelle qu’il ne s’agissait pas d’une négociation, mais d’une initiative destinée à « faire apparaître les convergences et divergences entre partenaires sociaux ».
Le rapport de ces travaux, conduits sous la responsabilité de trois « garants » (Jean-Denis Combrexelle, ancien directeur général du travail ; Pierre Ferracci, fondateur du groupe Alpha ; Anne-Marie Couderc, ancienne ministre déléguée chargée de l’Emploi), a été rendu public le 16 septembre.
Âge d’équilibre
Ces conclusions ont divisé les organisations de salariés et d’agents publics et semblent faire voler en éclats le front syndical formé contre la réforme des retraites de 2023.
La proposition de fixer un âge « d’équilibre » pour assurer la stabilité financière du système de retraite a suscité l’indignation de la CGT, de Solidaires et de la FSU, qui ont publié un communiqué commun dénonçant une « nouvelle réforme des retraites régressive ». « Un moyen hypocrite de reporter l’âge de départ en retraite sans réforme », ajoute la CGT.
Déjà reprise dans les programmes de certains candidats de droite à la présidentielle, cette mesure introduirait un mécanisme de bonus-malus. Elle coexisterait avec l’âge d’ouverture des droits : la personne qui partirait avant l’âge d’équilibre se verrait appliquer une décote sur le montant de sa pension, tandis que celle qui partirait après bénéficierait d’une surcote. Cet âge de référence dépendrait en outre de l’équilibre financier de l’assurance vieillesse.
Ces trois organisations soulignent que l’âge d’équilibre n’a pas été débattu lors des travaux de la conférence, ce qui constitue à leurs yeux « un problème démocratique majeur ». FO s’oppose elle aussi à ce bonus-malus et, plus largement, à cette vision du système de retraite.
Pénibilité, des avancées saluées
Sur la pénibilité, le rapport relève des lacunes du dispositif actuel, notamment concernant les facteurs d’usure exclus du compte professionnel de prévention (C2P). Il propose « une voie de passage » plus consensuelle : un mécanisme de présomption de pénibilité fondé sur une cartographie des métiers exposés, à partir des données de sinistralité. Les salariés des métiers ainsi identifiés acquerraient des points leur permettant de se reconvertir, de passer à temps partiel ou de bénéficier d’une retraite anticipée, sous conditions.
« La prévention des risques professionnels et la réparation de la pénibilité, priorités exprimées par la CFDT, font explicitement partie des sujets bien traités », observe la CFDT. Elle estime que cette conférence répond à l’une de ses exigences : s’intéresser aux conditions de travail avant d’aborder le sujet des retraites et du taux d’emploi.
La CFE-CGC partage cette analyse et juge que des propositions du document, notamment sur l’usure professionnelle et les aménagements de fin de carrière, vont dans le bon sens.
« Carrières longues », un dispositif menacé ?
En revanche, les syndicats CGT, Solidaires et FSU se montrent nettement plus réservés. « Cette avancée est neutralisée par la menace de suppression du dispositif “carrières longues” qui permet chaque année à un·e salarié·e sur six de partir plus tôt à la retraite », mettent-ils en garde.
Le rapport estime en effet que le dispositif « carrières longues » ne répond pas aux objectifs sociaux et d’équité. Il concerne, par exemple, peu d’ouvriers et d’employés non qualifiés. « Les données disponibles contredisent l’idée d’une mortalité précoce des bénéficiaires (…) Enfin les bénéficiaires perçoivent des pensions supérieures à la moyenne », pointe le document.
Il note par ailleurs que certaines organisations souhaitent modifier l’accès au dispositif et remettre à plat certains de ses paramètres. « Il n’appartient pas aux garants d’aller plus avant dans le détail technique de ces mesures », ajoute-t-il.
Deux lectures opposées du rapport
Pour les syndicats dits contestataires, le document final ne reflète pas les débats de la conférence et comporte « des préconisations qui n’ont jamais été négociées, validées, voire jamais mises en discussion ». « Le Medef, pourtant absent des débats de la conférence, semble avoir fortement pesé dans la rédaction du rapport ! », tranchent-ils.
Les syndicats dits réformistes, comme la CFDT et la CFE-CGC, accueillent plutôt favorablement l’initiative. « Cette contribution collective est précieuse. Cela ne gomme pas ses manques ou ses insuffisances (…) mais elle pose les bases d’un débat sérieux et argumenté », fait valoir la CFDT.
De son côté, FO relève des points positifs, comme l’ouverture de négociations interprofessionnelles sur l’emploi des jeunes ou sur l’impact de l’intelligence artificielle, mais redoute que le rapport préfigure une nouvelle réforme du système de retraite.

