Surrisque de suicide chez les agriculteurs, employés et ouvriers

Une étude française sur les inégalités sociales de suicide montre que les hommes agriculteurs, employés, ouvriers, mais aussi les personnes privées d’emploi sont particulièrement vulnérables à ce risque.

Publié le 17 février 2026 à 15h02 Lecture 3

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie fin janvier une étude sur les inégalités sociales de suicide. Premier constat : aux trois-quarts masculins, les suicides sont deux fois plus fréquents chez les plus modestes. Entre 2011 et 2021, le taux moyen de suicide en France se situe à 13,6 pour 100 000 habitants, 6,5 chez les femmes et 21,2 parmi les hommes. Ces taux varient du simple au double selon le niveau de vie des personnes.

Un facteur de risque lié à la ruralité et à l’éloignement des pôles urbains apparait, surtout chez les hommes : plus la taille de la commune est petite, plus les taux de suicide sont élevés.

Par ailleurs, les catégories socioprofessionnelles (CSP) présentent des taux de suicide variés. Chez les hommes de plus de 25 ans, les agriculteurs, les employés, et les ouvriers présentent un surrisque de suicide de, respectivement, 40, 30 et 29 % par rapport aux cadres et professions intellectuelles supérieures, à caractéristiques socio-économiques identiques. Chez les femmes en revanche, peu de différences significatives sont observées en lien avec la catégorie professionnelle. Autre différence de genre : un haut niveau de diplôme est associé à une baisse du risque de suicide chez l’homme alors que ce n’est pas le cas chez la femme.

Les auteurs de l’étude rappellent que si le travail est généralement un facteur de protection en santé mentale, ce n’est pas toujours le cas. Les risques psychosociaux (RPS) au travail sont inégalement répartis dans les catégories professionnelles. Ainsi, le nombre de salariés dits en « tension » – c’est-à-dire soumis à de fortes demandes psychologiques tout en ayant peu de latitude décisionnelle – passe de 16 % parmi les cadres et les professions intellectuelles supérieures à 30 % et plus chez les ouvriers et les employés.

Autre explication pour ces inégalités observées en matière de risque de suicide : les personnes des milieux plus populaires sont moins disposées à consulter des professionnels de santé mentale. « De manière générale, les écarts socio-économiques de mortalité par suicide s’inscrivent dans le prolongement des déterminants sociaux de la santé », observe l’étude de la Drees.

Ce sont pour les personnes sans activité professionnelle que sont retrouvés les taux de suicide les plus élevés, et ce, aussi bien pour les femmes que pour les hommes. L’inactivité pèse lourdement sur la santé mentale et le risque suicidaire. « Cependant, le lien causal agit dans les deux sens : d’un côté, l’absence d’activité professionnelle tend à détériorer la santé mentale en limitant l’intégration sociale, en privant de ressources matérielles et en générant de la honte ; de l’autre, les troubles psychiatriques limitent fortement les possibilités d’intégration au marché du travail », précise l’étude.